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Les arbitrages sur la prochaine Politique agricole commune 2023-2027 ne rassurent pas totalement les éleveurs du Massif central

Comment seront répartis les neuf milliards d’euros par an de la prochaine Politique agricole commune (PAC) attribués à la France pour les années 2023-2027 ?

Le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, a présenté, ce vendredi 21 mai, le Plan stratégique de la France, déclinaison nationale de cette PAC qui devrait être plus verte et plus juste, selon le ministère.

Le monde agricole est dubitatif. Notamment en Auvergne, où la mobilisation contre cette nouvelle PAC qui a convergé vers Clermont-Ferrand le 25 mars a été l’une des plus importantes depuis 2009.

Les agriculteurs dénonçaient notamment une baisse des aides pour le secteur de la production bovine et réclamaient une meilleure rémunération de la production tous secteurs confondus.

Ont-ils été entendus ?

« En réaction au contenu des annonces » du ministre de l’Agriculture devant un large éventail de parties prenantes (syndicats, représentants des industriels, ONG), la Confédération paysanne a quitté la visio-conférence avant la fin tout comme la Fnab (Fédération nationale de l’agriculture biologique), France Nature Environnement, la Plateforme pour une autre PAC et le WWF France.

D’autres organisations, notamment le principal représentant du monde agricole FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles) ont assisté à cette réunion jusqu’au bout.

Mais l’Auvergnat Patrick Bénézit, secrétaire général adjoint de la FNSEA et président de la FRSEA Massif central, temporise tout de suite :

Tous les arbitrages ne sont pas rendus. Quelques points sont définitifs dont l’assurance du maintien du budget de l’indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN). La politique montagne reste bien orientée vers l’élevage… On n’en attendait pas moins, mais c’est mieux quand c’est dit ! On aurait souhaité une augmentation mais… 

C’était l’une des grosses revendications du 25 mars. Et donc l’une des satisfactions hier : « L’ICHN n’est touchée ni dans ses destinataires, ni dans son montant ».

Un transfert vers la protéine végétale

Par contre, sur les aides couplées animales visant à aider spécifiquement une production de l’exploitation, « aujourd’hui, on n’a pas tous les éléments. Le ministre a acté un niveau identique de soutien, mais a aussi acté un transfert vers la protéine végétale de l’ordre de plusieurs dizaines de millions d’euros ».

De quoi inquiéter les éleveurs. « Néanmoins, positive Patrick Bénézit, il semblerait que le ministre ait ouvert la possibilité pour les éleveurs d’émarger à cette aide protéine. Si effectivement les mélanges de prairies légumineuses-fourragères peuvent avoir accès à ce type de soutien, cela pourrait éventuellement permettre aux éleveurs de retrouver des montants soutenus ».

Trop d’incertitudes

Mais Patrick Bénézit reste prudent : « Nous n’avons pas de garanties sur tout ça. Les choses n’ont pas été claires sur à quoi pourrait servir l’aide végétale. Ou sur la définition de la nouvelle aide unité de gros bétail (UGB)… Ce niveau d’indécision sur cette partie, qui représente près d’un milliard d’euros de soutien par an, très sensible pour les éleveurs, explique que l’on ne peut pas faire d’analyse ce soir ».

Le lait de montagne fragilisé

Le secrétaire général de la FRSEA Auvergne-Rhône-Alpes, David Chauve, exprime lui des craintes pour la production laitière de montagne.  « Les aides sont désormais alignées sur celles des élevages de plaines, alors qu'il y a tout de même des spécifictés de productions. Il est vrai que un litre de lait sur trois est valorisé grâce aux appellations saint nectaire ou autres, mais les deux autres litres se retrouvent sur le circuit concurrentiel ordianaire ». 

Pour lui, c'est d'autant plus regrettable « que l'on fragilise ainsi des exploitations plutôt familiales qui correspondent à mon sens à ce que souhaite la société actuellement ».

Et Patrick Benezit, le président de la FRSEA Massif central, de résumer : « Aujourd’hui, après les annonces du ministre, on ne peut pas porter de jugement définitif tant que l’on n’a pas la fin de l’histoire ».

Les derniers arbitrages devraient être rendus dans les semaines qui viennent. « Nous restons, en tous les cas pour cette partie-là, inquiets, très attentifs et déterminés si cela n’allait pas dans le bon sens ».

Cécile BergougnouxPhotos archives Rémi Dugne

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