Abstention record, prime aux sortants... Ce qu'il faut retenir du premier tour des régionales
Le même constat mais pas forcément les mêmes causes. En mars 2020, frappés par une pandémie qui gagnait du terrain, les Français avaient massivement boudé le premier tour des municipales. Ce dimanche, le jour même où la France respirait enfin de ne plus vivre à l’étouffée sous le couvercle du couvre-feu, seulement un électeur sur trois a pris l’air pour les régionales. C’est l’enseignement numéro un de ce scrutin aux allures de tour de chauffe avant la présidentielle 2022.
À l’exception du référendum sur le quinquennat en septembre 2000, qui n’avait intéressé que 30 % des votants, jamais une élection n’aura été aussi peu mobilisatrice sous la Ve République. Certes, les régions ont grandi il y a six ans, mais elles ne passionnent pas plus. Certes, il y a eu cette idée de doubler le scrutin régional et départemental, mais cela n’a pas convaincu pour autant.
Résultat : une abstention de plus de 66 %, un chiffre bien trop élevé pour n’y voir que le signe d’une désaffection conjoncturelle pour la vie politique. Oui le Covid est un facteur puissant, non il n’y a pas eu de campagne ou si peu, mais la question d’un désaveu plus structurel est clairement posée.
A droite, les poids lourds au rendez-vousDans ce contexte, et comme souvent en période d’incertitude, ce sont les sortants qui s’en sortent le mieux. Dans les Hauts de France, territoire laboratoire en vue de 2022, l’ex-LR Xavier Bertrand est loin devant. Il avait lié son destin présidentiel à son résultat régional : il est en passe de réussir son pari.
Idem pour Laurent Wauquiez en Auvergne Rhône-Alpes alors que Valérie Pécresse vire, elle aussi, en tête en Ile-de-France. Si LR espérait profiter de ce scrutin pour opérer un premier tri parmi les ambitions présidentielles, c’est manqué. Sauf énorme surprise au second tour, les trois poids lourds gagnent le même droit de revendiquer une stature de présidentiable. Ça promet.
La gauche résistePar ailleurs, les regards étaient tournés vers la Bourgogne Franche-Comté, où c’est la présidente sortante, Marie-Guite Dufay (PS), qui s’impose. Le RN, emmené par Julien Odoul, n’est que deuxième et en net repli par rapport à 2015, résultat d’une campagne désastreuse où l’extrême droite aura déployé une énergie rare à s’autosaborder dans une région dont Marine Le Pen faisait pourtant un objectif.Quant à Gilles Platret, sa volonté d’ouverture jusqu’à Debout la France était bien trop large pour que l’électorat s’y retrouve tout à fait. La droite voit ici jusqu’où elle peut aller, ou pas, dans le jeu d’alliances.
Côté RN, l’échec n’est pas circonscrit à la Bourgogne. Il y a six ans, il pointait en tête dans six régions au premier tour. Cette fois, il n’en resterait qu’une. En Provence Alpes Côte-d’Azur, les estimations donnent ce soir Thierry Mariani d’un rien devant Renaud Muselier.
En Nouvelle-Aquitaine, le sortant PS Alain Rousset dispose d’un matelas d’une dizaine de points d’avance sur le RN alors qu’en Occitanie, Carole Delga avoisine les 40 %. Si les socialistes résistent, les Verts, qui restaient sur le succès spectaculaire des dernières municipales, naviguent autour des 12 %.
La déroute de LREMEn revanche, pour LREM, c’est une nouvelle déroute sur une élection intermédiaire et des voix grondent déjà en interne pour réclamer des « décisions ». En clair, la perspective d’un remaniement se précise.
Non seulement, et ce n’est pas nouveau, ce dimanche pointe le déficit d’ancrage de la majorité présidentielle dans les territoires, mais il souligne aussi le manque de figures pour l’incarner. Illustration en Centre Val de Loire, où le ministre en charge des relations avec le Parlement, Marc Fesneau, plafonne autour des 15 %. Huit points derrière François Bonneau (PS). Un sortant. Encore.
C’est également le cas dans le Grand Est, où Jean Rottner prend une sérieuse option. Dans cette région, où le nouveau découpage continue de provoquer d’importants remous, la campagne a été parmi les plus agitées de France. N’empêche, l’abstention serait ici la plus élevée des treize régions métropolitaines : plus de 70 % selon les chiffres communiqués ce soir.
Stéphane Vergeade