« Les présidents de région ont très bien joué », analyse Roland Cayrol
Quels enseignements politiques peut-on tirer quand deux tiers des Français ne sont pas allés voter ? Rien ne montre que l’abstention, dans aucune élection, favorise ou défavorise tel ou tel parti politique. Au contraire, on nous avait annoncé durant cette campagne que si la participation était faible, le Rassemblement national en sortirait plus fort. On a vu que ce n’était pas vrai. On a donc le droit de regarder les résultats pour ce qu’ils sont. Et ils sont politiquement significatifs.
Avant le premier tour, vous annonciez que la crise sanitaire allait augmenter la prime au sortant. L’imaginiez-vous dans de telles proportions ? Oui car on voyait nettement que les présidents de région, de droite comme de gauche, avaient très bien joué. Ils sont souvent bien vus par la population, c’est souvent la seule personnalité politique qu’on connaît. La politique telle qu’ils la pratiquent paraît raisonnable. En somme, ils font le job.
Cela s’est particulièrement révélé dans cette crise sanitaire. L’État a donné le sentiment qu’il ne faisait pas toujours ce qu’il fallait, qu’il n’arrivait pas à fournir des masques, à distribuer des tests… Les présidents de régions ont pris ce problème sanitaire à bras-le-corps alors qu’ils n’en avaient pas les compétences. Ils ont mouillé la chemise. Et montré qu’ils savaient s’occuper de leur population.
Les électeurs qui sont allés voter ne se sont donc pas trompés d’élection. Si les électeurs ne votent pas aux régionales, comme ce fut le cas aussi aux municipales de l’an dernier, c’est qu’ils n’en voient pas l’intérêt, même local. Les enjeux ne leur paraissent pas clairs. Ce n’est pas seulement une affaire de rejet de la classe politique.
Mais ceux qui y vont, eux, savent précisément pour qui et pour quoi ils votent. Ces régionales ne sont pas du tout un tour de chauffe pour la présidentielle comme certains le croient. On votera à la présidentielle de manière extrêmement différente. Les Républicains ou les socialistes, qui s’en tirent plutôt bien dans ces régionales, auraient tort de penser que cela les favorise en quoi que ce soit pour la présidentielle.
Une nouvelle fois, le RN bute contre le plafond de verre. Est-ce un avertissement pour Marine Le Pen dans son entreprise de normalisation ? Pas plus que ce qu’on savait déjà. Dès l’instant où l’élection est au scrutin majoritaire, cette fameuse barre des 50 % d’exprimés est difficile à franchir pour le Rassemblement national dans un pays où subsiste quand même une grande réticence à son égard.
Même si Marine Le Pen, pour beaucoup d’électeurs, mène des campagnes plus acceptables que son père, il y a toujours ce doute sur le fait qu’elle dirige un parti extrémiste et sur ses propres compétences.
LREM est l’autre grand perdant de ce premier tour. Est-ce inquiétant pour Emmanuel Macron ? Je dirais non car il n’a pas souhaité construire un vrai parti politique qui forme des militants, qui prépare des élections et où naissent des concurrences, des gens qui se prennent pour des ministres bis. Il le paye à toutes les élections locales. Mais le jeu sera différent à la présidentielle, qui ne se joue pas seulement sur un ancrage territorial.
Le front républicain, contrairement à ce que l’on pensait, ne fera pas ou peu partie de la stratégie pour le second tour. Le RN étant moins haut que les sondages ne l’annonçaient, on est renvoyé au cas par cas.
Dans les Hauts-de-France, Xavier Bertrand va gagner tout seul. C’est plus compliqué en PACA, où la gauche, si elle ne se retire pas au profit de Renaud Muselier, ferait un calcul très arithmétique en comptant sur le seul ralliement du candidat vert indépendant au profit du président LR sortant. Elle a intérêt à bien réfléchir d’ici mardi.
Propos recueillis par Nathalie Van Praagh