Trois jours de création artistique extraordinaires à la résidence Le Lierre, à Sornac (Corrèze)
Opération brainstorming sous le garage du foyer-résidence Le Lierre, à Sornac, vendredi 18 juin. Pour la dizaine de résidents et l’artiste Zélie Belcour, l’heure a sonné de donner un nom à l’œuvre commune et monumentale qui s’étale devant leurs yeux ravis.
Il est question de couleurs, de collaboration et du Lierre bien sûr… Ce sera donc Cololierre !
Un baptême qui ne marque pas pour autant la fin du projet, entamé en 2015. À l’époque, les résidents s’étaient rendus à une exposition de Zélie Belcour à la Grange, à Ussel. « On essaie de sensibiliser les résidents à toutes formes d’art, raconte la responsable d’unité Émilie Garcelon-Courtine. Ses œuvres les avaient interpellés. »
Une œuvre collective haute en couleursDans une volonté sans cesse réaffirmée de concilier inclusion et ouverture sur l’extérieur, l’artiste est invitée, trois ans plus tard, à installer trois de ses toiles en divers lieux de la résidence.
Des œuvres géantes, aux couleurs éclatantes et aux circonvolutions mystérieuses qui ont inspiré un atelier artistique ; trois jours de résidence pendant lesquels les résidents et l’artiste ont laissé libre cours à leur imagination et à leurs envies.Baptiste Ventadour a découvert et apprécié le travail des résidents et de Zélie Belcour.
De ses séries « Sauvage » et « Énergie de la crise », Zélie Belcour a tiré une manière de faire vibrer les couleurs, de s’appuyer « sur quelque chose d’instinctif, de l’ordre de la répétition », précise-t-elle. D’harmoniser des parties distinctes en un tout construit et évocateur. « Le but, c’était d’essayer de créer une vibration dans l’œil, un résultat physique », avance Zélie Belcour.
Libre cours à l'imaginationLe reste est venu, librement, des résidents. Christine, Nicole, Éric, Thierry ou Michel, qui, pour « le plaisir du dessin » ou l’envie de « dessiner en grand », se sont emparés de matériaux de récupération (des panneaux de bois, des cartons d’emballage, etc.) pour les transformer, à coups de brosse, de bombes et de peinture en 3D, en tableaux individuels en même temps qu’en une œuvre commune. Chaque pièce faisant partie d’un tout, « chaque individualité unie dans une œuvre collective », apprécie Émilie Garcelon-Courtine.
Pour l’un, un poisson surgit des couleurs, pour l’autre un dragon ou un paon. « Ça dépend de l’interprétation de chacun, de leur ressenti. Il n’y a pas de barrière dans l’accès à l’art. Notre chance, c’est qu’il n’y avait pas de commande, chacun a pu s’éprouver dans la réalisation collective. »
L’art comme « support de médiation à la relation », pour instaurer l’échange et l’enrichir. « Cela permet de sortir du cadre du quotidien, qui peut être répétitif. Mettre cet extraordinaire au travail et faire rupture », pose la responsable.
Trois jours extraordinaires conclus en musiqueLe chanteur Baptiste Ventadour a offert un concert pour conclure joyeusement trois jours de création artistique.Et pour que l’extraordinaire se prolonge, ces trois jours de résidence artistique se sont conclu, vendredi, par un après-midi en musique au Centre de l’habitat voisin.
Après un déjeuner servi par le food-truck Rock’Burger, le chanteur originaire de haute Corrèze Baptiste Ventadour a proposé un concert de ses chansons bien connues et de ses nouvelles compositions. « Ça fait hyper plaisir d’être là, déjà parce que je n’ai pas joué depuis longtemps », glisse le jeune musicien, bien connu en ce lieu où travaille sa maman.
Quant à Cololierre, il sera installé dans un premier temps sous le garage du Lierre, avant peut-être d’être exposé avec des toiles de Zélie Belcour au sein de l’établissement et d’inviter le grand public à les découvrir, « dans un mouvement de va-et-vient entre le dedans et le dehors. »
« La suite reste à écrire, avance Émilie Garcelon-Courtine. Tout notre travail consiste à briser les murs institutionnels, être dans l’échange avec la population ordinaire et que chacun amène son savoir. Être acteur au cœur de la cité. »
Blandine Hutin-Mercier
Le foyer-résidence Le Lierre, géré par la Fondation Jacques-Chirac, accueille une quinzaine de personnes en situation de handicap vieillissantes, issues d’ESAT (établissement et service d’aide par le travail). Il forme un même établissement avec le Centre de l’habitat de Sornac, qui héberge des salariés d’ESAT.