Pôle emploi recrute à Clermont-Ferrand non pas sur le CV mais sur l'habileté du candidat
Ce matin-là à Pôle emploi Flaubert, à Clermont-Ferrand, huit candidats passent des tests. Des exercices à l’aide de papier, ciseaux, stylos, colle… L’enjeu ? Évaluer leur dextérité, précision, ou encore leur rapidité d’exécution. Un feutre dans chaque main, l’une des candidats trace en même temps un trait rouge et l’autre vert en suivant une ligne bien précise. Une habileté qui sera requise dans des travaux de maroquinerie. C’est en effet une entreprise de ce secteur qui recrute fortement cette année dans notre région qui, pour étoffer ses effectifs, a fait appel à Pôle emploi et particulièrement à son équipe MRS, Méthode de recrutement par simulation. « C’est une méthode phare de recrutement que nous avons créée en 1995 pour faire face aux pénuries de compétences dans l’industrie. Elle s’est, au fil des ans, adaptée à de nombreux secteurs professionnels et propose aujourd’hui des exercices de sélection pour près de 150 métiers », explique Frédéric Bruneaud, responsable de l’équipe MRS dans le Puy-de-Dôme. Le principe repose sur l’analyse de certaines habiletés et la motivation des candidats, tout en laissant de côté le traditionnel CV.
Nous mettons les candidats en reproduction par analogie de la situation de travail.
Ceci grâce à des exercices reproduisant les gestes qui seront requis dans l’entreprise. Ainsi, pour confectionner un article de maroquinerie, il faut être en mesure d’utiliser ses deux mains en même temps pour appliquer une colle, par exemple. D’où l’exercice avec les deux feutres.
« En amont, nous définissons avec l’entreprise les compétences requises, l’habilité prépondérante en observant le poste, et nous élaborons les exercices, soit à partir de ceux dont nous disposons déjà, soit de nouveaux », décrit le responsable. Une note seuil est établie correspondant à un niveau d’habileté attendu. La gamme des tests recouvre désormais des secteurs très différents, du secrétariat au bâtiment, du transport au numérique, en passant par les métiers de la santé, de la restauration… En mettant le CV de côté, cette méthode efface les accidents de parcours et les aspérités de la vie.
Une méthode de recrutement qui évalue l'habileté du candidat à mettre en œuvre une compétence requise dans l'entreprise, ceci via des exercices précis par analogie.
« Elle remet tout le monde à égalité le temps de la séance d’évaluation afin de réaliser une sélection de candidats juste et équitable. La méthode évite en effet les traditionnels biais et impressions inhérents à de nombreux recrutements et offre un espoir de retour à l’emploi chez des candidats qui postulent en insertion ou en reconversion », abonde Frédéric Bruneaud. Une démarche d’inclusion qui s’avère souvent profitable pour des publics sans expérience ou en reconversion, juniors et seniors. Selon le responsable, dans les entreprises qui ont choisi cette méthode, il y a moins de turn-over chez les salariés. Les candidats recrutés par une sélection par simulation restent plus longtemps en poste, car la méthode se concentre sur leurs aptitudes aux postes de travail plutôt que sur d’éventuelles compétences théoriques. En 2021, près d’une trentaine d’entreprises de l’Allier, du Cantal et du Puy-de-Dôme ont fait appel à cette équipe de recrutement par simulation pour embaucher de nouveaux salariés. 1.400 candidats ont ainsi démontré par analogie leur habileté au regard des attentes d’un poste de travail précis. Michèle Gardette