World News

Soulèvements de la Terre : la violence au coeur de la bataille politique

La classe politique passe le bac philo avec une semaine de retard. Avec la dissolution en conseil des ministres du collectif écologiste Les Soulèvements de la Terre proposée par Gérald Darmanin et que EELV va contester devant le conseil d’Etat, elle doit répondre à une question : une violence peut-elle être légitime ? La Première ministre Elisabeth Borne a rendu sa copie mardi 20 juin : "Sainte-Soline, c’est de la violence extrême avec la volonté de blesser, voire de tuer des politiciens. L’association d’une cause juste avec de la violence, est-ce que c’est normal ?" Ce mercredi 21 juin, Gérald Darmanin a mis en avant un extrait du décret : "Aucune cause ne justifie les agissements particulièrement nombreux et violents auxquels appelle et provoque ce groupement."

Il y a quelques jours, Sandrine Rousseau tweetait : "La seule issue possible à une colère populaire devient la violence." Mardi, elle est allée encore plus loin : "Lors de l’appel du 18 juin, le mouvement résistant était considéré comme terroriste. (…) Un mouvement de défense de la terre va être considéré comme terroriste." Et le lendemain, elle a effacé son tweet – même la violence des mots n’autorise pas tout.

Le débat lexical est évidemment crucial. Dans un pays qui ne se parle plus, imposer son vocabulaire est une bataille qui paraît moins complexe que de convaincre de la justesse de son argumentation. Gérald Darmanin, comme il l’avait fait en évoquant "la bordélisation du pays" par la Nupes, a voulu marquer les esprits et son territoire en parlant d’"écoterrorisme". Les activistes écologistes répondent : non, nous ne détruisons pas, nous procédons, dit l’une d’eux, à des "démantèlements d’infrastructures".

Une bonne et une mauvaise violence ?

Il fut un temps où "la désobéissance civile" était revendiquée comme moyen de construire la règle commune. "J’ai arraché les OGM et je pense que j’avais raison", observe Yannick Jadot. Le candidat écologiste à la dernière élection présidentielle ajoute : "Qu’est-ce qui a fait bouger Emmanuel Macron lors de la crise des Gilets jaunes ? La violence."

Le mouvement des Soulèvements de la terre a pris racine sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, là où les mêmes militants écologistes radicaux revendiquaient une violence légitime. Et qui est apparue "triomphante" avec le renoncement d’Emmanuel Macron à poursuivre le projet d’aéroport, malgré un référendum local où le oui à la construction l’avait emporté.

L’engrenage est aujourd’hui tel que la complaisance vis-à-vis de la violence ou la violence elle-même gagnent des mouvements qui considèrent que les méthodes d’hier ne suffisent plus. Jusqu’où ? Une chose serait la pire de toutes, car effrayante : demander à l’Etat de distinguer les bonnes et les mauvaises violences.

Читайте на сайте