Sous-marin disparu près du Titanic : pourquoi les recherches sont-elles aussi difficiles ?
La course contre la montre continue. Déjà cinq jours que le sous-marin Titan, parti en expédition sur l’épave du Titanic, a disparu en mer avec cinq passagers à son bord. Les forces américaines, canadiennes et françaises sondent l’Atlantique nord à la recherche du petit submersible de l’entreprise OceanGates Expeditions. Mais le temps presse : il ne reste plus beaucoup d’oxygène à l’équipage du Titan, seulement de quoi tenir jusqu’à vendredi environ.
Le milliardaire britannique Hamish Harding, le magnat pakistanais Shahzada Dawood et son fils Suleman avaient tous les trois payé 250 000 dollars leur place pour visiter l’épave du Titanic, coulé en 1912. Ils étaient accompagnés du patron américain d’OceanGates Expeditions, Stockton Rush, et du sous-marinier français Paul-Henri Nargeolet, connu pour ses très nombreuses expéditions sur le site. Depuis que les avions canadiens ont capté des bruits sous l’eau ce 20 juin, l’espoir est à nouveau permis. Mais les opérations de recherches restent très périlleuses.
Une large zone de recherches pour un petit sous-marin
D’abord parce que la zone à fouiller est d’une largeur considérable. Elle s’étend sur 20 000 kilomètres carrés dans l’océan Atlantique, avec une profondeur de presque 4 000 mètres. Aucun indice - hormis les bruits repérés ce 20 juin - ne permet de localiser le Titan : le submersible a perdu tout contact avec son navire de support depuis le 18 juin, moins de deux heures après son départ vers le Titanic depuis la côte nord-est américaine.
La tâche est donc colossale, d’autant plus que "le sous-marin n’est pas très grand", commente pour L’Express Christian Buchet, directeur du Centre d’études de la mer de l’Institut catholique de Paris. Le Titan mesure à peine 6,5 mètres de long. "A près de 3 800 mètres de profondeur, comment voulez-vous repérer un engin qui fait à peine 6,5 mètres ?" ajoute Christian Buchet.
Le petit sous-marin est perdu dans l’immensité de l’océan, qui reste très mystérieux pour les scientifiques. Les fonds marins seraient encore moins bien connus que la surface de Mars. Ils savent cependant que la pression y est extrêmement forte, et qu’il est impossible d’y voir quoique ce soit. "Explorer les fonds marins, cela équivaut à explorer les Alpes de nuit avec une lampe électrique", illustre Christian Buchet. Interrogé sur la chaîne américaine NBC News Now, l’expert du Titanic Tim Maltin renchérit : "Il fait nuit noire en bas. Il fait un froid glacial. Le fond marin est constitué de boue et il est ondulé. Vous ne pouvez pas voir votre main devant votre visage. C’est un peu comme un astronaute qui va dans l’espace."
Des raisons d’espérer
Malgré ces difficultés extrêmes, Christian Buchet se dit "optimiste". Les bruits repérés par les avions canadiens peuvent laisser penser qu’il s’agit "de signes de vie", estime-t-il. Ajouté à cela, "Paul-Henri Nargeolet est un grand spécialiste, il a probablement dû prendre les choses en main, rationner l’air et contrôler la situation", ajoute Christian Buchet, qui fréquente régulièrement le sous-marinier.
Pour mener à bien les recherches, coordonnées par les garde-côtes américains, différents engins ont été déployés. Deux avions C-130 ont d’abord été dépêchés dans la zone. Un troisième C-130 et trois autres avions de transport C-17 devaient être déployés mardi soir, a indiqué le Pentagone. Les garde-côtes canadiens ont mobilisé un navire, tout comme la France, via l’Institut de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer). Ce dernier bateau, baptisé Atalante, transporte le robot Victor 6000, capable de se déplacer à une profondeur de 6000 mètres. "La priorité reste de localiser le Titan", résume Christian Buchet. "Ensuite, il faudra le secourir, et la technique choisie dépendra de l’état du sous-marin, de son emplacement et de la façon dont il est positionné."
Parti de Southampton le 10 avril 1912 pour rejoindre New York, le Titanic, plus grand paquebot du monde au moment de sa mise à l’eau, a fait naufrage après avoir percuté un iceberg cinq jours plus tard. Sur les 2 224 passagers et membres de l’équipage, près de 1 500 ont péri. L’épave a été découverte en 1985 à 650 kilomètres des côtes canadiennes, dans les eaux internationales de l’océan Atlantique. Depuis, entretenant le mythe, chercheurs de trésors et touristes lui rendent visite.