Une année à teigne à l'école maternelle Léon-Dhermain de Cournon-d'Auvergne
Les poux ne sont pas le seul fléau des cours d’école. En novembre dernier, à Cournon, cette mère de famille en a découvert un autre, moins connu : la teigne."En regardant la tête de ma fille, je suis tombée par hasard sur une zone avec un anneau rouge, où elle commençait à perdre des cheveux. L’école nous avait informés de cas de teigne dans la classe, donc je me suis précipitée chez le médecin, il y a eu un prélèvement et le verdict est tombé."Élève de moyenne section à l’école maternelle Léon-Dhermain, la fillette de 4 ans attaque un traitement le 23 novembre. Antifongique par voie orale et pommade pendant un mois.
"En dehors des démangeaisons, elle n’avait pas mal, poursuit sa mère. En revanche, le traitement a été très éprouvant, avec de l’asthénie, une perte d’appétit et une perte de poids, qui l'ont rendue très sensible aux petits maux de l'hiver."
Après un mois de traitement et de nouvelles analyses, le médecin constate la guérison. Les cheveux n’ont pas repoussé, mais le cuir chevelu a repris un aspect normal.Entre-temps, la mairie de Cournon a fait intervenir une société spécialisée pour la désinfection du bâti et du mobilier, en ciblant "la salle de classe, le dortoir et le restaurant scolaire", pointe Laurent Bonnefoy, directeur de l’éducation et de la jeunesse. Car la maladie, très contagieuse, circule depuis plusieurs semaines dans cette école de sept classes. En mai 2022, déjà, cinq cas (trois élèves et deux personnels) avaient été détectés. En novembre, cinq élèves sont concernés."À chaque fois, l’école a communiqué sur cette épidémie et les documents nécessaires ont été transmis aux familles", précise Nathalie Avinin, infirmière et conseillère technique de l’inspecteur d’académie. Le 13 mars, une réunion d’information a été organisée à l’école, en soirée, avec le médecin scolaire. Mais les familles étaient peu nombreuses.
"Tout comme la gale et les poux, la teigne a une très mauvaise image, constate Nathalie Avinin. Pourtant, elle peut toucher tous les milieux, avec plusieurs vecteurs possibles, comme un animal de compagnie."
Nathalie Avinin
Depuis l’automne, l’épidémie observait une pause. Mais la teigne a fini par revenir. "Le 10 mai, nous sommes retournés chez le médecin", raconte la mère de la fillette contaminée en novembre, qui vient de trouver "comme des croûtes de lait" sur la lésion, où les cheveux n’ont pas repoussé. Re-prélèvement, re-analyse et re-traitement. Différent, plus long -six semaines- et toujours éprouvant pour l’enfant.
Sans attendre d’autres cas, la mairie de Cournon vient de faire décontaminer les locaux déjà traités en novembre. "Un deuxième passage, dans toute l’école cette fois, doit être programmé très vite", annonce Laurent Bonnefoy.Est-ce que ça suffira à faire disparaître la teigne ? "Si le médecin scolaire n’examine pas la tête de tous les enfants, on ne s’en sortira jamais", alerte la mère de famille. Un dépistage systématique que l’Education nationale n’envisage pas. "Il faudrait le répéter régulièrement, avance Nathalie Avinin. Par ailleurs, si certaines familles le refusent, et c’est leur droit, l’opération, même répétée, sera nulle et inefficace."
Puy-de-Dôme. L'inspection académique a recensé des cas de teigne dans cinq écoles et un lycée du département au cours de cette année scolaire.
Qu'est-ce que la teigne ?
La teigne est une infection cutanée provoquée par un champignon microscopique attaquant toutes les zones où il y a des poils, notamment le cuir chevelu et la barbe. Elle fait partie de la famille des dermatophytoses.
Quels sont les symptômes ?
La teigne se manifeste par des petits boutons et pellicules, parfois des lésions érythémateuses, finement squameuses. Les cheveux peuvent être cassants, puis le cuir chevelu peut présenter une perte locale de cheveux.
Comment se transmet-elle ?
La teigne peut se transmettre d'une personne à une autre en cas de contact direct étroit (contact direct avec la lésion cutanée ou les cheveux infectés) ou indirect avec des objets contaminés (vêtements, brosses, bonnets, etc.). Le risque de transmission est plus élevé au sein de la famille et en collectivité de jeunes enfants. Les patients restent contagieux jusqu’à guérison des lésions cutanées.
Entraîne-t-elle une exclusion scolaire ?
"Il y a une éviction scolaire des enfants symptômatiques jusqu'à la prescription d'un traitement adapté", indique Julien Barra, médecin de veille sanitaire à l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes. Les enfants peuvent retourner à l'école dès l'instauration du traitement, à la condition qu'ils présentent un certificat médical attestant d'une consultation et de la prescription d'un traitement.
Isabelle Vachias