Faute d'accord avec LR, la Macronie contrainte de faire vivre "l’esprit de coalition"
"La face du monde n’en sera pas changée". Ce député Renaissance sourit à l’évocation de la réunion stratégique organisée ce mercredi 21 juin au siège du mouvement présidentiel. Une trentaine de cadres parlementaires étaient réunis pour discuter de la conduite à tenir lors du reste de la législature. Avec une question lancinante : faut-il nouer une alliance avec les Républicains (LR) pour obtenir la majorité absolue au Palais Bourbon ? LR, cet "associé rival" capable de sauver Elisabeth Borne à chaque motion de censure comme de lui mettre la tête sous l’eau lors des retraites.
Deux heures d’échange ont apporté une réponse nette à cette interrogation. Un tel accord n’a aucune chance de voir le jour. L’état-major de droite récuse l’hypothèse et veut croire qu’une ligne d’indépendance préservera ses chances pour 2027. Une majorité de députés LR, élus dans des circonscriptions hostiles à Emmanuel Macron, n’en veulent pas. Et puis, quel est le numéro de téléphone de LR ? Le psychodrame des retraites a révélé un groupe plus proche du "poulet sans tête" - mot d’une députée Renaissance - que du bloc homogène. "Comment se mettre d’accord avec un parti dont les membres ne sont pas d’accord entre eux ?, lâche ce mercredi devant les siens le député Renaissance Ludovic Mendes. Chez eux, il y a la ligne LR historique, la ligne LR macroniste et la ligne LRN."
Impossible accord avec LR
L'aile gauche de la majorité n’est enfin pas emballée à l’idée d’applaudir Éric Ciotti ou Bruno Retailleau lors des questions au gouvernement. Un conseiller ministériel a confié à un député LR qu’un tel accord priverait la majorité de 20 précieuses voix. "On perdrait notre ADN, qui est celui du dépassement et du positionnement central", prévient une députée. Nécessité fait loi. Faute d’accord, il faut poursuivre la stratégie du "texte par texte" en parlant à la droite et à la gauche modérée. Gravir, tel Sisyphe, la même montagne à chaque projet de loi, avant de recommencer. "Il faut faire vivre un esprit de coalition et garder la main tendue", explique en substance devant ses troupes le secrétaire général de Renaissance Stéphane Séjourné.
La majorité cherche ainsi à se prémunir du mistigri de l’immobilisme. L’éventuel blocage de l’Assemblée ne sera pas de son fait ! Le groupe Renaissance a fait sa part du chemin, aux oppositions d’en faire autant. "Il est de la responsabilité des partis de gouvernement de participer à la réussite du pays", assure en interne le député Pieyre-Alexandre Anglade. A l’issue de la réunion, le porte-parole de Renaissance Loïc Signor cite, outre la droite, "les forces constructives à gauche de l’hémicycle, y compris dans la Nupes chez les membres du Parti socialiste et les Sociaux-démocrates" comme partenaires potentiels.
"On peut aller de LR à Roussel"
Eviter l’immobilisme. Tendre la main aux formations républicaines de bonne volonté. Cet objectif consensuel masque des divergences stratégiques. Le macronisme est un corps en perpétuelle mutation. Né au centre gauche sur les ruines du hollandisme, il incarnait en 2017 le dépassement des clivages. Il est pour beaucoup devenu une offre de centre droit, éloigné de sa promesse originelle. Cette mue esquisse des stratégies distinctes dans cette majorité relative. Les macronistes issus de la gauche martèlent un discours de "dépassement", quand les représentants de l’aile droite ont les yeux rivés vers LR.
Cette table ronde a résumé cette ligne de fracture. Violette Spillebout, ex-socialiste : "Il faut reparler à la gauche Télérama." Ludovic Mendes, lui aussi passé par les rangs du PS : "On peut aller de LR à Roussel." Les cadres issus de LR regardent en revanche surtout vers la droite. Leur thèse : la sociologie électorale de Renaissance a viré à droite, il est temps d’en tirer les conséquences politiques. Le député de l’Essonne Robin Reda a ainsi mis en garde le parti du "dépassement" de ne pas devenir celui des "dépassés". "Il faut envoyer des signaux consolidant l’alignement des convictions entre l’électorat de LR et de la majorité", juge-t-il. L'élu espère qu’une coalition de fait se nouera avec la droite au nom de la politique menée. Le député Eric Woerth s’est lui inquiété du "champ libre" laissé à LR sur l’immigration après les atermoiements de l’exécutif. "Cela ne doit plus se reproduire", a-t-il glissé.
Un groupe uni, mais…
Cette réunion est un résumé de l’état du groupe Renaissance sous cette mandature : un groupe uni par l’état de majorité relative, contraint par pragmatisme de se tourner vers LR, mais divisé sur son identité profonde : un bloc central dépassant les clivages ou un groupe achevant une mue droitière.
Par petites touches, cette question agite le groupe. Un texte LR sur l’aide médicale d’Etat (AME) a réveillé en interne un clivage gauche-droite. Regroupés dans une boucle WhatsApp au nom évocateur, "Solféri-no", une vingtaine de députés Renaissance, pour certains transfuges de LR, s’organisent faire pencher la ligne du groupe de leur côté. Cette structuration agace certains macronistes issus du canal historique, pas loin de se sentir dépossédés : "À les entendre, le problème de Macron, c’est les macronistes !, peste un cadre de l’aile gauche. Réponse d’un membre de l’aile droite, dans un éclat de rire. "Mais il a parfaitement raison ! Laissez faire les professionnels !"