World News

Olivier Faure, premier secrétaire du PS : "Marine Le Pen n’est pas madame Solutions, elle est madame Stigmatisation"

"On a fait 1,7 % à l’élection présidentielle. Après ça, soit on se pose des questions, soit on meurt. On ne peut pas toujours dire que c’est de la faute des électeurs qui n’ont rien compris."

Face à des étudiants nouvellement adhérents au Parti socialiste, il y a quelques jours, Olivier Faure, premier secrétaire du PS, n’a pas minimisé les erreurs passées ni les défis de l’avenir. C’était à Nevers, dans la Nièvre, cette terre historiquement rose, aujourd’hui de plus en plus bleu Marine.

La droitisation du gouvernement peut-être redonner de la vigueur à la gauche, et plus particulièrement au Parti socialiste ?

C’est d’abord une mauvaise nouvelle pour les Français. Là où le président le plus jeune et le premier ministre le plus jeune promettaient de faire du neuf, ils sont en réalité le paravent du retour de Nicolas Sarkozy et, parfois aussi, d’une dérive vers les idées de Marine Le Pen. Est-ce que c’est une chance pour la gauche ? C’est surtout une clarification. Ça va permettre aux gens de se situer. Certains avaient encore l’espoir qu’il y ait une jambe gauche à ce gouvernement. L’évidence maintenant, c’est que cette jambe gauche n’existe et n’existera pas. C’est l’occasion pour la gauche de répondre maintenant à celles et ceux qui, en toute sincérité, ont suivi Emmanuel Macron en pensant qu’il était un progressiste.

"L’Europe est le sujet qui a le plus divisé la gauche jusqu’ici"

Espérez-vous le retour de personnes qui ont quitté le PS pour LREM en 2017 ?

Ce que je raconte là est très empirique mais toutes les semaines, je rencontre des gens qui disent : "J’ai accompagné Emmanuel Macron, je considérais que c’était un progressiste, qu’il préserverait le modèle français tout en ayant les clés du monde nouveau, du numérique, de la globalisation… et je me rends compte qu’il est surtout le cheval de Troie des intérêts financiers et des ultra-riches."

La gauche partira encore divisée aux élections européennes.

La question des européennes n’a jamais été traitée, y compris quand nous avons fait cet accord de coalition pour les dernières législatives. Pour des raisons simples : l’Europe est le sujet qui a le plus divisé la gauche jusqu’ici. Le travail est loin d’être achevé en la matière. Nous devons avoir en tête de pouvoir rassembler celles et ceux qui, à gauche, le voudront, au lendemain des européennes, pour préparer, dans les deux ans qui suivront, la meilleure façon d’éviter la victoire de Marine Le Pen à la présidentielle.

Socialistes et écologistes sont pourtant plutôt d’accord sur l’Europe. Pourquoi l’idée d’une liste commune n’a pas abouti ?

"Jean-Luc Mélenchon avait un devoir, celui de continuer à rassembler"

Les écologistes ont déjà expliqué qu’ils ne souhaitaient pas faire liste commune. Je respecte leur point de vue. Si je dis que c’est dommage, je vais donner le sentiment de les accuser. Je ne veux accuser personne. Chacun est autonome, les décisions ont été prises comme ça, je les respecte. On aurait certainement pu faire autrement mais c’est ainsi, maintenant, on avance.

Lors d'une rencontre à Nevers jeudi, avec des socialistes, des étudiants et des délégués syndicaux de l'enseignement.

Vous êtes déjà tourné vers l’après-européennes. On vous dit en bonne entente avec Fabien Roussel.

On me dit en bonne entente avec tout le monde, ce qui est vrai. Je n’ai jamais cherché à cultiver la division car je sais très bien que c’est un poison qui interdit toute forme d’espoir. L’union est toujours difficile. Tant qu’on n’est pas installé au gouvernement et qu’il n’y a pas un cap décidé collectivement, chacun cherche forcément à créer un rapport de force qui lui est favorable.

Comment expliquez-vous l’échec de la Nupes ?

Une coalition, ce n’est pas un parti unique. Je ne veux soumettre personne et je ne veux être soumis à personne. Je veux que ce soit dans un rapport égalitaire, un fonctionnement démocratique qui permette d’ajuster nos positions, de trouver le point commun, et non pas d’être en permanence ramenés aux positions de l’un… ou de l’un. Du fait de sa prééminence électorale à l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon avait un devoir, celui de continuer à rassembler, et non pas de chercher à radicaliser un noyau dur autour duquel il espère rebâtir une candidature à l’élection présidentielle. Notre problème n’est pas d’arriver au niveau le plus élevé au premier tour pour éventuellement arriver au second, mais de passer le premier tour puis de battre Marine Le Pen au second. Notre problème, c’est de continuer à nous élargir, pas de chercher à rétrécir notre base sur des positions qui peuvent avoir leur légitimité mais qui ne peuvent pas rassembler les Françaises et les Français.

"Marine Le Pen n’est pas madame Solutions, elle est madame Stigmatisation"

Vous étiez dans la Nièvre jeudi. Dans ce bastion historique de la gauche, rural et peu peuplé, Marine Le Pen est arrivée en tête au premier comme au second tour de l’élection présidentielle. Qu’est-ce que la gauche a raté dans ces territoires ruraux ?

Un phénomène a englouti toutes les formations politiques pendant de très nombreuses années, la métropolisation. Il y a eu, c’est vrai, une forme d’abandon du monde rural, dont a profité l’extrême droite qui s’est engouffré là-dedans, alors même qu’elle n’a aucune solution à proposer. Ce n’est pas avec Marine Le Pen que vous verrez revenir les services publics. Ce n’est pas avec Marine Le Pen que vous donnerez davantage de chances à vos enfants dans un système scolaire qui sera encore plus vidé de sa fonction. La seule caractéristique de Marine Le Pen, c’est de désigner des boucs émissaires. Elle n’est pas madame Solutions, elle est madame Stigmatisation.

Beaucoup d’électeurs pensent qu’elle est la solution.

Elle bénéficie de cette idée qu’elle est la seule à ne pas avoir été essayée. Ce n’est pas vrai. Partout dans le monde, on a essayé l’extrême droite. Et partout, elle a montré très vite ce dont elle était capable. Elle est le cache-sexe de politiques ultra-libérales. Regardez ce qui se passe aujourd’hui en Argentine, ce qui s’est passé aux États-Unis avec Trump, où personne n’y a gagné. Aux réponses économiques et sociales, l’extrême droite ne fait que substituer des réponses identitaires.

La gauche peut-elle regagner ces territoires perdus ?

Elle le doit. Elle doit faire la démonstration de sa capacité à entendre. La question, maintenant, est de savoir si va continuer de gérer l’école, la santé et les services publics, à l’économie, ou si on va essayer au contraire de réinvestir ces priorités. Le choix de la théorie du ruissellement, chère à Emmanuel Macron, a été fait par les Français à deux reprises. Il existe aussi le choix d’une répartition plus juste des richesses et de la valeur ajoutée. C’est ce que je porte. Quand vous avez des gens qui, en vingt ans, ont des revenus issus de leurs dividendes dix fois supérieurs au rythme de l’inflation, et des gens qui la subissent, il y a un moment où il faut taxer les superprofits. Il faut taxer tout ce qui relève de l’indécence. La crise du système libéral est là, avec des gens de plus en plus riches et des gens de plus en plus pauvres. Et un État qui se refuse à réguler et à envisager une vie meilleure pour tous.

Propos recueillis par Jean-Mathias Joly

Follow @JeanMathiasJoly

Читайте на сайте