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La Maison d'Izieu commémorera en avril le 80e anniversaire de la rafle de 44 enfants juifs

C’est une jolie maison de maître dans un hameau paisible surplombant la vallée du Rhône et regardant vers les Alpes. Le silence, lourd de sens, y règne depuis le 6 avril 1944, quand la Gestapo de Lyon est repartie d’Izieu (Ain) après avoir raflé 44 enfants et sept adultes accompagnateurs qui vivaient là. Les enfants, âgés de 4 à 17 ans, ont tous été exterminés à Auschwitz. Une seule adulte, Léa Feldblum, maintenue en vie pour subir des expériences médicales, a survécu. Les autres adultes ont été fusillés dans un camp en Estonie.

Les Alpes, lieu sûr en 1943 devenu une souricière en 1944

Depuis mai 1943, cette maison accueillait une centaine d’enfants juifs, séparés de leurs parents en raison des persécutions exercées sur eux. Ils n’étaient pas cachés car jusqu’à la fin 1943, le secteur, occupé par l’armée italienne, était sûr. C’est d’ailleurs pour cela que Sabine Zlatin et son mari Miran, tous les deux immigrés et naturalisés français en 1939, ont déplacé leur colonie d’enfants, jusque-là installée à Montpellier. Les menaces se faisant de plus en plus pressantes sur les enfants aussi, un lieu sûr a été trouvé avec l’aide du sous-préfet de Belley (Ain), Pierre-Marcel Wiltzer.

La villa Anne-Marie, un cadre idyllique, surplombant la vallée du Rhône. La Maison d’Izieu est devenue le symbole de la barbarie et de la détermination d’un régime nazi n’ayant même pas épargné les tout-petits. Mais elle n’est pas un cas isolé, insiste Dominique Vidaud, historien et directeur du mémorial. « D’autres rafles d’enfants avaient eu lieu juste avant, par exemple à la Martelière, en Isère, tout près d’ici, au mois de mars. Elles se sont poursuivies jusqu’en juillet 1944. » Sur les 76.000 personnes raflées et déportées en France entre 1942 et 1944, 11.000 étaient d’ailleurs des enfants.

Si Izieu ressort de ce macabre bilan, c’est en grande partie grâce à l’action de Sabine Zlatine. Au contraire de son mari Miron, elle était absente au moment de la rafle le 6 avril 1944 car elle était repartie à Montpellier chercher une nouvelle solution d’hébergement. A son retour dans une villa vide, elle collecte les affaires des enfants mais aussi leurs nombreux dessins et leurs correspondances. D’abord dans l’espoir de les rendre, ne connaissant pas le sort qui a été réservé aux enfants. Elle conservera les documents pendant près de cinquante ans, jusqu’à les donner à la Bibliothèque nationale de France (BNF). On peut voir aujourd’hui les copies de ces dessins et des écrits des enfants, forcément très émouvants, dans l’ancien réfectoire de la Maison d’Izieu.

Les portraits des 44 enfants déportés puis assassinés à Auschwitz, sont accrochés aux murs de l'ancien dortoir de la maison d'Izieu. Sabine Zlatin n’apprendra la mort des 44 enfants et de leurs encadrants qu’en 1945. Elle fait installer une plaque sur la maison et organise une commémoration dès le 7 avril 1946, le 6 tombant un samedi, jour de shabbat. Longtemps l’ampleur de cette manifestation a été sous-estimée. Le centre de recherches de la Maison d’Izieu a pu démontrer récemment qu’une foule de 3.000 personnes était présente. Des cars avaient été affrétés afin de conduire des habitants de la région à la cérémonie. Le ministre des anciens combattants, Laurent Casanova, était là, de même que le grand rabbin de Lyon.

« La communauté a été rassurée sur le fait que la spécificité juive des enfants avait été prise en compte. Et sur l’émoi de la population locale, alors qu’on a beaucoup dit que les Français étaient restés indifférents au sort des juifs. La Maison d’Izieu n’était pas une île, elle bénéficiait même d’un environnement bienveillant. »

Jusqu’au procès Barbie, en 1987, la maison appartient à un privé, et les commémorations sont plus ou moins suivies. « Avant les années 1980, on ne parlait pas de Shoah. La volonté de la communauté juive était de ne pas se distinguer du reste de la nation », reprend Dominique Vidaud. La plaque apposée sur la maison en 1946 ne fait d’ailleurs pas mention du culte des enfants raflés. Le petit film d’informations cinématographiques Pathé, retrouvé récemment et que l’on peut visionner au musée, parle par erreur d’« enfants alsaciens ».

Mais le procès Barbie, consécutif à la traque des époux Klarsfeld et à deux mères d’enfants d’Izieu, crée un effet balancier. « On a alors découvert ce qu’a été la Shoah, et on en a rajouté », analyse l’historien, faisant référence à une idée répandue selon laquelle les enfants d’Izieu auraient été dénoncés. Le rôle de Lucien Bourdon, un agriculteur mosellan, donc germanophone, aurait donc été surestimé. Il a été condamné en 1947 pour intelligence avec l’ennemi, mais pas pour dénonciation. Dominique Vidaud explique :

Nous avons retrouvé toutes les pièces de son procès, qui s’est tenu en bonne et due forme. Rien n’a été retrouvé qui puisse infirmer ou confirmer qu’il s’agit d’une dénonciation.

Car la Gestapo connaissait l’existence de maisons d’enfants juifs, comme celle d’Izieu. « Barbie avait pour mission de débarrasser la zone des maquisards, car elle était sur le corridor de repli des troupes allemandes. La rafle a eu lieu au moment de plusieurs opérations coup de poing contre des maquis. »

Un des dessins laissés par les enfants, visibles à la maison d'Izieu L’association « Musée-Mémorial enfants d’Izieu » a été créée en 1988 et Pierre-Marcel Wiltzer en a pris la présidence. En 1994, la villa est rachetée et le mémorial inauguré. Sabine Zlatin mourra deux ans plus tard. 

 

Quatre jours de commémoration en avril

Emmanuel Macron devrait être le troisième président de la République à se rendre à la Maison d’Izieu, le jeudi 4 avril 2024, pour les commémorations du 80e anniversaire de la rafle. Avant lui, François Mitterrand avait inauguré le mémorial en 1994. Et en 2014, François Hollande était venu inaugurer son extension. Si Emmanuel Macron n’est pas attendu le 6 avril, c’est parce qu’il est inconcevable d’organiser la commémoration un samedi, jour où la communauté juive respecte le shabbat. Et puisqu’aucun événement ne peut figurer à l’agenda présidentiel le dimanche, une date en semaine a été fixée pour sa venue et la commémoration décalée au dimanche, comme en 1946. Entre les deux, plusieurs événements sont prévus. Le programme sera dévoilé au printemps, mais on sait que 60 ambassadeurs sont attendus. Le jour de la commémoration, 1.000 habitants de la région Auvergne-Rhône-Alpes seront acheminés par vingt cars mis à disposition par le Conseil régional. Cent vingt enfants de six pays seront présents et devraient assister au témoignage de Samuel Pintel. Aujourd’hui âgé de 85 ans, il a fait partie des 105 enfants passés à la villa Anne-Marie de mai 1943 à avril 1944. Il est le dernier à l’avoir quittée, en janvier 1944, quelques semaines avant la rafle. Il a connu et côtoyé les 44 enfants déportés.La plaque commémorative installée juste avant la première commémoration, organisée le 7 avril 1946

Laurent Bernard

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