Ces frères, 191 ans à eux deux, ont travaillé toute leur vie main dans la main dans l'est de la Creuse
Les deux frères habitent Les Hériaux, le plus au sud des villages de la commune de Dontreix (Creuse), depuis le 11 novembre 1926 pour Louis Ribeireix, doyen de la commune, et depuis le 28 décembre 1929, pour Gérard. C’est dans le triangle délimité par les chefs-lieux des communes de Dontreix, Montel-de-Gelat et Mérinchal qu’ils ont passé l’essentiel de leur vie.
Mis en pension pour apprendre le catéchismeLa logique de proximité aurait voulu que les enfants de Frédéric et de Joséphine, née d’Urbe, fréquentent l’école du hameau de Chambary construite à la fin du XIXe siècle pour recevoir une partie des élèves des 54 villages répartis sur les 4.774 hectares de la commune.
La religion, qui a donné une ribambelle de curés à la commune de Dontreix, était encore très puissante dans les années d’entre deux guerres et les deux frères scolarisés à Dontreix ont été mis en pension dans le bourg afin de pouvoir assister aux séances de catéchisme. C’est seulement après la messe du dimanche qu’ils réintégraient la maison familiale.
Des souvenirs des temps de guerreLa tuerie de Manérol perpétrée par les nazis le 4 juin 1944, à moins d’un kilomètre à vol d’oiseau de leur domicile, est encore tristement gravée dans leurs mémoires qui restent exceptionnellement vives et très complémentaires.
Ils se souviennent également d’avoir participé aux théâtres qui rassemblaient les jeunes de leur âge afin de récupérer de l’argent pour envoyer des colis aux prisonniers de guerre en Allemagne.
Améliorer leurs conditions de travailLeur taille n’entrant pas dans les normes des gabarits du service militaire, ils en sont exemptés. Louis et Gérard en profitent pour apprendre à conduire la Peugeot 201 de leurs parents qui raccourcit considérablement les distances. N’étant pas des forces de la nature, ils sont condamnés à être inventifs et ingénieux, ce qui correspond admirablement à leur caractère.
Ils achètent un des premiers tracteurs du secteur en 1950 : un Cub Mac Cormick. Ils se partagent les tâches et chacun est très performant dans son domaine. Ils imaginent des monte-bottes mécaniques, apprennent à souder et travaillent en parfaite harmonie les 30 hectares de la propriété où ils élèveront un troupeau de charolaises.
Une retraite activeL’heure de la retraite n’a pas sonné la fin de toute activité. Le travail, qui a été le fil conducteur de toute une existence, ne les a pas empêchés d’avoir une vie familiale et sociale épanouie et d’être curieux dans tous les domaines. Louis s’est marié et a eu une fille qui s’occupe maintenant beaucoup de lui et de son frère. Gérard a été élu conseiller municipal de 1965 à 1971 et, ensuite, maire de Dontreix de 1971 à 1977 où ses qualités humaines et ses initiatives ont été largement appréciées par la population.
Les deux ex-agriculteurs, habiles en manœuvre, ont encore chacun leur automobile, mais Louis, qui se remet bien d’une fracture du col du fémur, est très philosophe : « À notre âge il faut être raisonnable et ne plus aller conduire sur les routes ».
Des voisins exemplairesJusqu’à présent, ils ont géré le poulailler et le potager, entretenu les abords de la maison et géré leur bois de chauffage. Le maire, Denis Richin, accompagné de Vincent Bonnaret, conseiller municipal, habitant le village voisin de Pouchol, sont venus leur livrer le colis de fin d’année : « Ce sont des administrés exceptionnels qui ne se plaignent jamais et qui entretiennent des relations de voisinage privilégiées ».
Un bel exemple de savoir-vivre en harmonie avec les gens et la nature qui a longtemps participé au charme des campagnes. Il faut dire qu’à eux deux, ils cumulent une expérience de courtoisie de plus de 191 ans.