En quinze ans, Vichy a fait un long chemin pour aller au bout de ses rives
Un lac avec des airs de rivage maritime, une promenade baignée d’eau et de verdure, des guinguettes à ne plus savoir quel transat choisir… La vie est douce, aujourd’hui, sur les bords de l’Allier à Vichy, où les berges sont prises d’assaut dès les beaux jours venus tant par les habitants de l’agglomération que par des promeneurs occasionnels attirés par la somptuosité du cadre. Un cadre désormais bien ancré dans l’environnement local, au terme d’une révolution au long cours qui n’a pas seulement marqué une évolution du paysage, mais aussi un profond changement de logiciel.
Il y a dix ans, le début d’une nouvelle èreRetour au milieu des années 2000. À cette époque, plusieurs chantiers majeurs sont opérés dans Vichy : la gare de Vichy est réaménagée, le Grand marché opère sa mue, les Quatre Chemins deviennent un pôle commercial flambant neuf dans l’hypercentre. Mais rien sur les berges de l’Allier, encore figées dans leur configuration du siècle dernier, avec une nature encore sauvage par endroits et des routes à quatre voies longeant le plan d’eau. Alors, dès 2007, sous l’impulsion de son maire Claude Malhuret, Vichy lance la grande opération « reconquête des berges ». Celle-ci sera scindée en plusieurs étapes, et s’étalera sur plusieurs années.
En mars 2008, après un long chantier, une première « coulée verte » est inaugurée entre la Rotonde et le Stade Darragon. L’espace de promenade est agrandi, la quatre voies de circulation automobile devient une deux voies, et un nouveau mobilier est déployé. Un an après, l’esplanade se prolonge jusqu’au quartier des Ailes et au pont-barrage, permettant une large ouverture des berges vers le nord de la cité thermale.En juin 2014, l'inauguration des nouvelles berges, en contrebas des parcs, avait constitué un événement majeur dans l'histoire moderne de Vichy.Et la révolution ne s’était pas arrêtée là : en 2014, le cap des nouveaux aménagements se tourne vers le sud. Là aussi au prix d’un long chantier, les berges opèrent une mue complète entre la Rotonde et la plage des Célestins. Allées en planches de bois, pontons donnant sur l’eau, aménagement de nouvelles guinguettes : sur la rive droite d’un plan d’eau fêtant alors ses cinquante ans, c’est une nouvelle ère qui démarre. Après quoi suivront les travaux de la rive gauche, en 2019, offrant à tout le tour du lac de rentrer définitivement dans l’époque moderne.
Des enjeux à la fois économiques, touristiques et environnementauxCar là était bien le but, précisément, de ces aménagements successifs : rentrer dans le XXIe siècle, avec toutes les préoccupations environnementales qui vont avec, et en finir avec des logiciels devenus bien trop démodés. « Dans les années 1960, on faisait des aménagements pour les voitures en tournant le dos aux rives. Notre idée à nous était d’éloigner les voitures des berges pour en faire un vrai lieu de promenade », retrace Frédéric Aguilera, aujourd’hui maire de Vichy, et adjoint à l’urbanisme à la fin des années 2000.
En 2019, le réaménagement de la rive gauche, côté Bellerive, avait mis un point final à une longue phase de reconquête du lac d'Allier.
Un souci d’améliorer le cadre de vie, doublé d‘une préoccupation esthétique. « Car il s’agissait aussi de créer une continuité d’un pont à l’autre, en connectant pleinement les rives aux parcs. Ce qui a aussi permis aux gens de redécouvrir leur lac ». Le tout en sirotant quelque rafraîchissement sur des terrasses de restaurants et guinguettes devenues incontournables dans ce nouvel environnement d’une station thermale prenant des airs de station maritime. Avec une baignade dans l’Allier qui, à nouveau autorisée dès la fin des années 2000, n’a pas que des vertus ludiques pour l’élu vichyssois : « Car quand on dit aux gens qu’ils peuvent se baigner dans le lac, ils ont peut-être davantage tendance à le respecter. Et ça participe aussi de sa réappropriation ».
"Le plan d'eau n'est plus une périphérie, mais un centre"
Frédéric Aguilera, maire de Vichy
En clair, le réaménagement des berges a fait bien plus que répondre à des préoccupations urbanistiques au cœur de l’agglomération de Vichy. Cela a répondu à bien d’autres enjeux : économiques et touristiques, avec une attractivité renforcée pour la ville ; ludiques, avec un renforcement des activités proposées sur le lac ; et enfin environnementaux, avec un large travail de renaturation et de replantations effectué lors de chantiers plus structurants que jamais.
Au pied du pont de Bellerive, des guinguettes désormais prises d'assaut aux beaux jours venus.
Et désormais, en périphérie d’un cœur thermal inscrit à l’Unesco, le plan d’eau « n’est plus une périphérie, mais un centre », se réjouit Frédéric Aguilera. Qui se fait fort de rappeler que cet élan ne concerne plus seulement Vichy et Bellerive-sur-Allier : d’un bout à l’autre de la rivière, Saint-Germain-des-Fossés ou Saint-Yorre ont aussi mené leur opération « reconquête de l’Allier ».
Pierre Geraudie
Photos archives, Dominique Parat, François-Xavier Gutton, Renaud Baldassin.