Une première Cité de la tapisserie à Aubusson dès la fin du 19e siècle
Ouverte le 10 juillet 2016, dans l’ancien bâtiment de l’ancienne École nationale d’art décoratif d’Aubusson créée en 1884, la Cité internationale de la tapisserie a reçu entre le 1er janvier et le 31 août 2023, 41.000 visiteurs, soit 2.000 de plus que l’année précédente durant la même période, attirés par la richesse de ses collections anciennes et contemporaines.
Faits d'hier des Creusois qui avaient la main leste...
Parmi eux : nombre de Britanniques, Néerlandais, Suisses, des Français de toutes les régions et même des Creusois (22 %), certains découvrant que cet art, pratiqué à Aubusson depuis le début du XVIe siècle, loin d’être « ringard » était en prise avec notre époque à travers les tapisseries inspirées des œuvres de J.R.R. Tolkien et H. Miyazaki. Avant la Cité de la tapisserie, il y avait eu le musée départemental de la tapisserie, créé en 1982 à l’initiative du Conseil général de la Creuse. Mais déjà en 1884, la création d’une structure similaire était projetée, comme on peut le lire dans L’Abeille de la Creuse du 2 avril.
Puiser dans les réserves du LouvreLe journal se faisait l’écho du rapport de Léopold Gravier, sous-préfet d’Aubusson, devant la commission d’enquête sur la situation des ouvriers et des industries d’art. Il rappelait qu’à Aubusson une trentaine d’ouvrières travaillaient au tapis velouté dit « savonnerie », 380 ouvriers et 135 ouvrières, à la tapisserie à main, 269 ouvriers et 436 ouvrières à la tapisserie mécanique, Felletin employant 100 à 150 ouvriers. Également président du conseil d’administration de l’École des arts d’Aubusson, il préconisait la création d’un musée industriel et d’une bibliothèque, annexés à cet établissement, faisant sienne l’idée d’un fabricant de tapis d’Abbeville qui déclarait : « Selon moi, les musées et les bibliothèques industriels doivent être installés de façon à instruire les ouvriers par les yeux. Des explications seront écrites à côté de chaque objet, afin qu’il ne soit pas nécessaire de recourir à un livret ou à un catalogue pour se procurer des renseignements ».« Certainement qu’un musée serait le complément de l’École des arts décoratifs », approuvait le rédacteur de l’article, suggérant que, pour constituer ses collections, l’État puise dans les réserves du Louvre, des manufactures des Gobelins et de Beauvais.
Instruire les ouvriers par les yeux« On pourrait orner quatre ou cinq salles d’une façon fort intéressante. Là, les peintres de la ville, les élèves de l’école trouveraient des documents sérieux pour étudier, d’après les maîtres, l’histoire de leur art aux différentes époques. À cela, on pourrait joindre une série de tapisseries anciennes et modernes, qui s’augmenteraient de jour en jour du travail des jeunes gens de l’atelier de tissage ». Le musée pourrait aussi accueillir les documents de la chambre consultative des arts et manufactures, hébergés au domicile du président ou du secrétaire. Quant au lieu, le journaliste écrivait : « Si l’on veut sérieusement créer un musée, son emplacement est tout indiqué : c’est de ménager dans les nouvelles constructions qui s’imposent à bref délai à l’école des arts, des salles spacieuses et bien éclairées pour y recevoir les tableaux, les tapisseries et une bibliothèque ».
Il concluait en souhaitant que la ville de Guéret restitue au futur musée la tapisserie de sainte Barbe, patronne des tapissiers, qu’il détenait. Dans son livre La tapisserie d’Aubusson et de Felletin, publié en 1996, notre confrère Robert Guinot indiquait que le musée, présentant des tapisseries et des cartons, mais aussi des sculptures et des céramiques, ouvrit en 1885, d’abord dans une maison particulière puis dans un bâtiment spécifique adossé aux ruines du château féodal, avant d’être démoli en 1930, après que le musée ait sombré dans l’indifférence.
Paul Colmar