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Présidentielle 2027 : le piège qui guette Edouard Philippe

Avant le second tour, il y a le premier. Cette savante sentence ne vient pas de nulle part. Cela sert de suivre de près l’actualité politique, et Edouard Philippe l’observe de très près depuis longtemps… Il a payé deux fois pour voir. Pas cher la première fois. 2002 : adjoint au maire du Havre depuis un an, il rédige des notes pour Antoine Rufenacht et ne sait même pas si ce dernier, qui dirige la campagne de Jacques Chirac à Paris, les lit. Son futur ami (il ne le connaissait pas encore) Gilles Boyer est mieux placé, qui dirige la cellule juridique du président candidat au Tapis rouge, le siège. Leçon du scrutin : Lionel Jospin, Premier ministre sortant, est tellement focalisé par le second tour qu’il en oublie le premier. Juste retour des choses : les électeurs oublient le socialiste, et Jean-Marie Le Pen se qualifie. Jacques Chirac, de son côté, mène une campagne poussive, mais au jour le jour, sans se projeter. Un matin, il est joyeux et détendu comme jamais lors de la réunion avec son cercle rapproché : dans l’avion qui le ramène de La Réunion, Lionel Jospin vient de le trouver "fatigué" et "vieilli", et il a tout de suite compris l’exploitation qu’il allait faire de ces propos.

2016 : Edouard Philippe est devenu un acteur de la vie politique. Cette fois, il prend cher. Son champion Alain Juppé est bien "le meilleur d’entre nous" - Chirac avait raison -, meilleur candidat du second tour de la primaire, meilleur candidat du second tour de la présidentielle. Seulement voilà : il ne sera que le troisième meilleur candidat du premier tour de la compétition interne de la droite et son destin s’arrêtera là.

Le 10 mai est une date de second tour pour ceux qui se souviennent de 1981. Ce dimanche (10 mai, donc), à Reims, l’ancien Premier ministre mettra ses troupes en ordre de bataille et ses ouailles en garde. Certes, nous ne sommes pas en 2002 : personne n’imaginait alors un seul instant – sauf le politologue Gérard Le Gall – que le Front national était en mesure de devancer la gauche, alors que les sondages situent le RN très haut cette fois ; personne n’envisageait la possibilité d’un duel entre les deux extrêmes, de droite et de gauche ; la victoire de Jean-Marie Le Pen au second tour était juste impossible, ce qui n’est le cas ni de celle de Marine Le Pen, ni de celle de Jordan Bardella. Nous ne sommes pas davantage en 2016 : il ne s’agit pas de primaires.

Mais certaines ombres planent. "Tu ne peux pas être le candidat préféré de tes adversaires, prévient Gilles Boyer. Un électeur de gauche au premier tour va voter pour le candidat de gauche." Le Havrais dispose d’un socle fragile au premier tour (19 % selon le dernier sondage Toluna Harris Interactive pour RTL et M6), et c’est lui qu’il faut consolider plutôt que d’espérer ratisser large : il n’est pas là pour sauver le camp d’en face. D’autant qu’il doit d’abord affronter une concurrence venue de son espace politique au sens large, de Bruno Retailleau à Gabriel Attal.

Pendant sa récente campagne municipale, Edouard Philippe s’était fixé une règle : s’interdire de parler du second tour avant le premier. Au diapason, Gilles Boyer aujourd’hui réprimande tous ceux dans l’équipe qui ne prennent pas les choses dans l’ordre : "C’est une autre campagne qui commence le dimanche soir du premier tour." Le maire d’Angers Christophe Béchu abonde : surtout, "ne pas faire une campagne de second tour". Il précise simplement : "Ne pas participer aux courses à la droitisation, c’est une façon de maintenir le canal avec des électeurs de centre gauche qui ne pourront pas nous reprocher d'avoir développé un discours identitaire, de ne pas avoir évoqué l’école, etc." Que les électeurs pensent déjà au second tour en songeant au vote utile est une chose, que le candidat brûle les étapes en est une autre…

Parler du second tour, c’est s’exposer inutilement. Le mauvais exemple peut venir d’en haut. Parce qu’il est préoccupé par la fracture démocratique que cause la victoire d’un président grâce à des électeurs qui ne soutiennent pas son projet (le fameux front républicain), Edouard Philippe lance en 2025 l’idée de référendums après l’élection présidentielle, notamment sur les retraites. "Il s’est un peu avancé", reconnaît un proche. Trop ?

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