À la rencontre des travailleurs de l'Esat de Cunlhat (Puy-de-Dôme) dans leurs ateliers
Ils s’appellent Lisa, Yves, Jérôme ou encore Nadia. Tous sont employés à l’Esat de Cunlhat où ils travaillent chaque jour de la semaine, à temps plein ou partiel, dans l’un des six ateliers de l’établissement d’aide par le travail (Esat).
Blanchisserie, espaces verts, sous-traitance, maintenance et hygiène des locaux MHL, mécanique, peinture-décapage emploient ainsi 67 personnes en situation de handicap.
Un dispositif qui permet à ces personnes d’exercer une activité professionnelle tout en bénéficiant d’un encadrement adapté dans un milieu dit « protégé ».
« Il s’agit de travailleurs et non pas de salariés, précise Sandra Malhaire, cheffe de service. La rémunération est constituée d’une aide au poste financée par l’État et de l’allocation aux adultes handicapés (AAH) auxquelles s’ajoute une prime de productivité que nous versons au mois de mai, accompagnée d’un chèque-cadeau. »
Créé dans les années 1970 à Cunlhat, l’Institut médico-éducatif (IME) s’est restructuré en Esat, en 1987. Dans cet espace verdoyant de 12 hectares, aux abords du centre-bourg de Cunlhat, ateliers, foyer d’hébergement et foyer de vie pour ceux dans l’incapacité de travailler sont depuis le 1er janvier 2022 regroupés sous l’entité Auperas pour Organisation publique d’établissements réunis pour l’accompagnement et le soin en Auvergne-Rhône-Alpes. Une structure gérée par le Conseil départemental.
Dans les ateliersLa jeune Lisa Gonsard fait partie de l’équipe d’une dizaine de travailleurs qui composent l’atelier MHL. La jeune femme vivait encore très récemment en IME et vient d’intégrer le foyer d’hébergement dans lequel la majorité des travailleurs de l’Esat de Cunlhat réside. Une vingtaine vit dans des appartements à proximité, suivie par des travailleurs sociaux dans le cadre du Service d’accompagnement à la vie sociale (SAVS).
« Moi, j’habite toute seule dans un studio au foyer d’hébergement, présente Lisa. Lorsque je me rends au travail, mon équipe de nettoyage s’occupe des mairies, des locaux de l’Esat mais aussi de châteaux. C’est intéressant, car nous ne travaillons jamais au même endroit. »
Dans l’équipe de Lisa, chaque travailleur est muni de matériel aux couleurs spécifiques. « Une couleur correspond à un usage, ce peut être le mobilier ou les toilettes, cela permet à l’encadrement de savoir où en est l’avancée du chantier, d’éviter les erreurs, détaille Frédéric Pereira, l'un des moniteurs encadrants. Beaucoup disposent d’une grande autonomie et se rendent seuls sur leurs lieux de travail, à l’extérieur de l’Esat. »
« Autonomie », « milieu ordinaire » représentent des objectifs toujours en ligne de mire mais correspondent à des horizons plus ou moins lointains pour ces travailleurs d’ateliers qui resteront, pour beaucoup, en Esat jusqu’à leur retraite.
« La question de l’autonomie ne se pose plus en ces termes. Désormais, l’accent est mis sur la professionnalisation des Esat qui mettent en place des outils de production plus performants et qui font appel à plus de dextérité de la part des travailleurs. Nous demandons aussi plus de polyvalence. Ainsi, lorsqu’un atelier ne tourne pas, l’équipe ou une partie peut être transférée temporairement dans un autre. Nous travaillons en étroite collaboration avec le secteur industriel ou les particuliers qui sont à la recherche de qualité. La philanthropie n’est pas le moteur. Nous sommes compétitifs. »
« Ne pas faire à leur place »À l’atelier de mécanique, l’autonomie est encore une fois au centre de la démarche de l’encadrant, Nicolas Douris, mécanicien de métier et recruté en septembre 2021.
« Je ne suis pas là pour faire à leur place mais je contrôle systématiquement pour ne pas avoir à revenir et recommencer les travaux. Cela peut prendre une heure ou toute la journée. »
Les réparations sur les voitures de particuliers qui profitent de prix très avantageux sont loin d’être de la simple bricole : changement de pneus, nettoyage au complet, plaquettes de frein, polissage de phares.
« Pour moi, le plus compliqué, ce sont les cardans et les soufflets qu’il faut changer quand la graisse commence à apparaître », explique Yves Reynard, travailleur lui aussi, dans une équipe de trois à l’atelier mécanique. Chaussures de sécurité, traces de cambouis aux mains et regard fixe, l’homme dévoile son parcours au sein de l’Esat.
« Espace verts, un peu de mécanique et là avec la mécanique automobile, c’est ce que je préfère. »
Jérôme Mioche, lui aussi, a bien trouvé sa place parmi les 17 travailleurs de l’atelier espaces verts. « Je viens de la campagne, alors j’aime bien travailler à l’extérieur », explique le jeune homme.
Pour l’instant, le tracteur tondeuse a sa préférence, moins la petite mécanique dans l’atelier dédié à ce service. Mais les années passant, l’expérience aidant, le nouveau venu se découvrira peut-être de nouvelles appétences pour de nouveaux métiers. Et à travers ses six ateliers ancrés dans le monde professionnel, l’Esat de Cunlhat pourra l’accompagner dans son parcours de vie aux choix multiples.
Yann Terrat
En chiffres. En 2021, l’Esat de Cunlhat a réalisé un chiffre d’affaires d’environ 500.000 € et 80.000 € de bénéfices. Les ateliers blanchisserie et peinture-décapage bénéficient actuellement d’importants travaux de rénovation et d’agrandissement. Une restructuration pour un budget de 800.000 € dont 300.000 € de la Région.